Je n'avais jamais voyagé seule. Lisbonne a tout changé. Cinq jours entre les tramways qui grincent, les pastéis de nata encore chauds et les couchers de soleil sur le Tage. Un voyage qui m'a appris que le meilleur compagnon de route, c'est parfois soi-même.
Le jour où j'ai acheté mon billet pour Lisbonne, j'étais assise dans mon appartement parisien à regarder tomber la pluie. Ça faisait trois ans que je disais "un jour, je voyagerai seule". Ce soir-là, j'ai arrêté de remettre à demain. Un clic, et c'était fait : 5 jours à Lisbonne, toute seule, en octobre.
Jour 1 — Alfama : tomber amoureux d'une ville
Mon vol atterrit à 11h à l'aéroport Humberto Delgado. Le métro m'emmène directement au centre pour 1,65€ — aucune raison de prendre un taxi. Je pose mes affaires dans mon hostel de l'Alfama, un bâtiment azulejos du XVIIIe siècle reconverti en auberge. La propriétaire, une dame d'une soixantaine d'années prénommée Fernanda, m'accueille avec un petit verre de ginjinha, la liqueur de griotte locale.
Alfama est le plus vieux quartier de Lisbonne, rescapé du tremblement de terre de 1755. On s'y perd dans un labyrinthe de ruelles pavées qui montent vers le Castelo São Jorge. Les murs couverts d'azulejos bleu et blanc, le linge qui sèche aux fenêtres, un chat roux qui somnole sur un banc — tout ici respire une douceur intemporelle. Je monte jusqu'au Miradouro da Graça pour mon premier coucher de soleil sur le Tage. Des étudiants locaux jouent de la guitare. Un homme âgé me tend une bière froide en souriant. Ce moment-là, je l'ai su : Lisbonne allait me tenir.
Jour 2 — Belém et ses pastéis légendaires
Réveil à 7h pour être la première devant la Pastéis de Belém. Ce n'est pas le plus branché, mais c'est l'original depuis 1837, et la queue se forme dès 9h. La commande s'impose d'elle-même : deux pastéis de nata avec cannelle et sucre glace, un café. Le flan portugais est croustillant et crémeux à la fois — rien de comparable avec les imitations qu'on trouve partout.
Après ce rituel matinal, direction le Mosteiro dos Jerónimos. Le billet coûte 10€ mais vaut chaque centime : ce chef-d'œuvre du style manuélin vous coupe le souffle. Les colonnes torsadées, les voûtes ornées de coraux et de câbles sculptés dans la pierre... Prévoir au moins une heure pour tout voir.
Dernier arrêt de la journée : la Torre de Belém, emblème de la ville. À l'intérieur, les escaliers sont si étroits qu'une seule personne peut y passer à la fois — prévoir la montée avant la descente !
Jour 3 — Mouraria, Bairro Alto et la nuit du fado
Mouraria, le quartier historiquement arabe de Lisbonne, est ma révélation du voyage. Moins touristique qu'Alfama, plus vivant que le Chiado, c'est ici que bat vraiment le cœur multiculturel de la ville. Au marché de Mouraria, je déjeune pour 6€ d'une soupe de légumes et d'un bacalhau à brás (morue aux pommes de terre paillées et aux olives). Savoureux.
Le soir, je me glisse dans une maison de fado au Bairro Alto. Un groupe d'amis m'invite à partager leur table — Rui, Isabel et João sont lisbonnins de naissance et me font découvrir le fado comme une expérience presque sacrée. La chanteuse, une femme d'une cinquantaine d'années vêtue de noir, interprète des morceaux de Amália Rodrigues. Sa voix porte une mélancolie si intense que je comprends soudain ce qu'est la saudade — ce sentiment intraduisible de nostalgie douce-amère.
Jour 4 — Sintra, le rêve à 40 minutes
Excursion obligatoire : Sintra. Le train depuis la gare Rossio coûte 2,40€ et part toutes les 30 minutes. La ville est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et niche ses palais romantiques dans une forêt de pins et d'eucalyptus.
Le Palácio Nacional da Pena, perché au sommet d'une colline, est un kaléidoscope de couleurs : jaune ocre, rouge sombre, bleu azulejo. On dirait un château de conte de fées construit par un enfant géant. La vue depuis les remparts sur l'Atlantique et les collines de la Serra de Sintra justifie à elle seule le déplacement.
Conseil : partez tôt (avant 9h) ou tard (après 16h) pour éviter les cars de touristes. Et portez de bonnes chaussures — les chemins pavés et les montées sont glissants.
Jour 5 — Le marché de Campo de Ourique et les adieux
Dernier matin. Je me lève sans alarme pour la première fois du voyage. Le marché de Campo de Ourique, à une dizaine de minutes en tramway 28 (l'iconique tram jaune), est mon cadeau d'au revoir. C'est un marché couvert où des petits producteurs vendent fromages, charcuterie, pains artisanaux et pâtisseries. Je m'installe avec un copo de vinho verde (vin blanc légèrement pétillant) et un plateau de fromages de Serra da Estrela. Ce moment-là, seule à une table, sans regarder mon téléphone, j'ai compris que le voyage solo n'est pas solitaire. C'est juste libre.
Mes conseils pratiques pour Lisbonne en solo
Budget moyen : comptez 60-80€/jour tout compris (hébergement en hostel, transports, nourriture et entrées de musées).
Se déplacer : la carte Viva Viagem rechargeable est indispensable. Elle fonctionne dans le métro, les trams et les bus. Évitez les taxis classiques — préférez Bolt ou Free Now, moins chers.
Où dormir seul(e) : les hostels de l'Alfama sont idéaux pour rencontrer du monde. Demandez une chambre avec vue si possible.
Langue : les Portugais adorent les francophones qui font l'effort de dire obrigada (merci) et por favor (s'il vous plaît). Un peu de portugais va très loin.
Sécurité : Lisbonne est l'une des capitales les plus sûres d'Europe. Restez juste vigilante la nuit près de la gare du Rossio où quelques pickpockets opèrent.
Mots-clés
Camille D.
Voyageuse solo depuis 5 ans, Camille parcourt l'Europe et l'Amérique Latine entre deux missions de graphiste freelance.
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